Onze fabricants de produits laitiers frais ont été épinglés dans le cadre d'une entente sur les prix et les appels d'offres sur les marques distributeur a annoncé jeudi l'Autorité de la concurrence. Des pratiques graves qui ont perturbé le fonctionnement du marché pendant plusieurs années.

 

 

Lactalis Nestlé, Senagral (Senoble), Novandis (Andros)... Ces fabricants de produits laitiers, comme huit autres, ont été surnommées "le cartel du yaourt". Car leurs pratiques, révélées et épinglées par l'Autorité de la concurrence, a de quoi interpeller plus d'un consommateur. Ces onze marques ont convenu de se répartir les appels d'offres et les différents volumes de vente. En clair, "les concurrents s'informaient des hausses de prix passées et se mettaient d'accord sur les hausses qu'ils voulaient annoncer aux distributeurs ainsi que sur les arguments pour les justifier", explique l'Autorité de la concurrence dans un communiqué.

Pour cela, ils ont été condamnés à un total de 192,7 millions d'euros d'amende. "Il s'agit de l'une des plus grosses décisions, en termes de montant d'amendes, prises par l'Autorité depuis sa création", a déclaré Thierry Dahan, vice-président de l'Autorité. L'amende la plus importante a été infligée à Lactalis Nestlé avec 56,1 millions d'euros. L'industriel a immédiatement annoncé faire appel de cette sanction, la jugeant "d'une sévérité extrême" : l'Autorité a "surévalué de façon manifeste la gravité des faits et leur impact sur l'économie", explique-t-elle.

Rendez-vous secrets et carnet mystère

Yoplait a lui été exempté d'amende pour avoir le premier, en 2011, dénoncé le cartel et bénéficie ainsi d'une procédure de clémence. Senagral (Senoble) a lui aussi, dans un deuxième temps et après des perquisitions menées en février 2012, apporté des preuves permettant de faire avancer l'enquête. Il a ainsi bénéficié d'une réduction de sa sanction et devra s'acquitter de 46 millions d'euros. Seule La Laiterie de Saint-Malo a contesté les faits qui lui étaient reprochés. La société a tout de même écopé d'une amende de 300.000 euros. Tous les groupes mis en cause disposent d'un mois pour déposer un recours devant la cour d'appel de Paris.

"Le montant des sanctions est déterminé en fonction de la valeur des ventes du groupe mis en cause et de sa durée d'implication dans le cartel", a expliqué l'Autorité. Le cartel a duré entre 2006 et 2012. Soit un marché, estimé à 5 milliards d'euros sur toute la période. Tous les distributeurs français ont été impactés par cette entente qui a conduit à une augmentation des tarifs de gros "estimée entre +2 et +7%". "Au total, ce sont 18 appels d'offres qui ont été faussés par la mise en œuvre de ces pratique", explique l'Autorité de la concurrence qui qualifie le cartel de "très organisé".

Quatre des membres de l'entente (Yoplait, Senagral, Novandie, Lactalis) se réunissaient régulièrement dans un appartement parisien appartenant à l'un des responsables de Novandie. Les contacts téléphoniques se faisaient notamment à partir de téléphones portables secrets. Les lignes n'étaient pas officiellement attribuées aux utilisateurs et leur nom n'apparaissait pas sur les factures. Par ailleurs, "un carnet secret de l'entente était tenu par le représentant de Yoplait de façon à consigner toutes les décisions", précise l'Autorité de la concurrence. Sa dernière sanction de grande ampleur remonte à décembre 2014, lorsque plusieurs fabricants de produits d'hygiène ont été condamnés à verser 605 millions d'euros pour la même raison.

Source : http://lci.tf1.fr